Red Bull Music Academy New York 2012

Useless

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Et au huitième jour, Dieu créa la musique

par le 2010-05-07 10:40:41

Premier post sur Street-Tease, début d'une nouvelle aventure...


Useless est une soirée organisée par des passionnés pour des passionnés.
Ça, tu le savais déjà.


Mais entre deux soirées, que se passe-t-il ?

Bah, on essaie de réaliser nos rêves. Ce pour quoi on se bat au quotidien.
Et parmi ces rêves, il y a celui de rencontrer les musiciens/artistes qu'on aime et leur poser plein de questions.
Et pour le pilote de la saison 1 du useless blog, on a choisit Alex Gopher, rescapé de la French Touch 1.0, frère d'arme d'Etienne de Crecy, homme de l'ombre, producteur de lumière...

Useless : Comment as-tu vécu la décennie qui se termine depuis Super discount?

Alex Gopher : Tout commence par la sortie successive de quatre maxis produits avec Etienne (de Crecy N.D.L.R.). Très très vite, la réponse unanimement positive de la presse nous a poussé à penser le projet un peu plus sérieusement. On a pris des locaux et on a signé un deal avec V2. Du coup, la série des 4 maxis est devenu l'album-concept Super Discount, qui sans avoir le succès du 1er album des Daft Punk ou de l'album de Air, a quand même été un peu précurseur à toute la vague de la French touch 1.0. Nous, ça nous a vraiment lancé, Etienne et moi car nous sommes ingénieurs du son à la base. On pensait faire quelques maxis mais on s'est vite rendu compte que le projet prendrait de facto plus d'ampleur. Assez vite après le succès du projet Super discount, j'ai sorti mon 1er EP, principalement des inédits, le Gopher EP qui m'a valu mon pseudo...
Useless : A ce moment là, vous vous rendiez compte que ça allait marquer un tournant de la musique électronique française?

Alex Gopher : Oui, pas pour nous mais surtout pour l'album des Daft. Je me souviens à l'époque j'étais à Los Angeles et il y avait un mur énorme DAFT PUNK, c'était FOU pour la musique française. On ne savait pas si ça durerait mais on savait qu'il se passait un truc et c'était cool d'en faire parti. En, tout cas historiquement, on s'est rendu compte qu'il s'était passé un truc et qu'on avait la chance de faire partie de ce truc. Puis c'était la 1ère fois que le musique electro française s'exportée, Etienne et moi ne vendions pas beaucoup de disques mais on en vendait aux 4 coins du monde, et c'est ça qui nous a fait dire qu'il se passait un truc.
Useless : Justement tu parlais de Daft Punk où le visage des artistes était caché. Comme pour ton 1er album où il n'y a que la moitié de ton visage, sur une affiche, avec une partie dans l'ombre

Alex Gopher : C'était pour faire différemment. En France, dans les années 80, il y a d'abord eu une vague new-wave qu'Etienne et moi avons beaucoup suivi puis il y a eu une grosse phase rock alternatif qui nous faisait un peu... chier ! On voyait leurs gueules, on ne se retrouvait pas là dedans. Ne pas montrer nos gueules, c'était pour faire différemment. Par ailleurs, Etienne qui était plus pointu que moi, écoutait beaucoup de maxis US, de Detroit ou Chicago, et idem sur les pochettes pas de visage voire même les DJs produisaient des maxis sous des pseudos différents.

Après les Daft ont poussé le concept hyper loin : quand des photographes voulaient nous prendre en photo, Etienne et moi, on ne disait pas "non". On se mettait un peu en retrait mais c'était pas réfléchi comme pour les Daft…
Useless : Concernant l'attitude des Daft Punk, c'était précurseur quand même, car ils avaient une vision moyen long terme, non?

Alex Gopher : Oui, quand on a compris qu'ils avaient cette idée de se cacher, de se protéger des médias on s'est dit que l'idée était génial car tu restes caché. En plus c'est hyper agréable de se cacher. Pour des producteurs comme nous, qui sommes venu à la musique électronique c'est parce que c'est une musique de studio , pas une musique de scène et qu'on a des tempéraments plutôt introvertis.
Useless : Et la collaboration avec H5 vient aussi de cette volonté de se dissimuler ?

Alex Gopher : C'était pour pallier à cette volonté de ne pas montrer nos gueules, de montrer quelque chose d'intéressant. Mais c'était aussi tout bêtement car c'était des potes, qu'ils venaient de monter une boite et qu'il faisait des trucs hyper chiants comme le Salon du funéraire (!), des trucs vraiment horribles et qu'ils s'éclataient en faisant nos pochettes de disques. Il s'est avéré qu'ils avaient du talent!

Je me souviens qu'Etienne était le DA de Solid à l'époque et leur prenait grave la tête ! C'était une chance de travailler avec des potes et le fait qu'ils soient bons, c'était vraiment l'idéal...
Useless : Avant Super Discount 2, il y a eu l'album Wuz avec Demon en 2001….

Alex Gopher : Etienne et moi étions fans de Demon qui à l'époque semblait être aussi très inspirés par notre travail donc j'ai été le chercher et on a fait Wuz. C'est un album un peu plus difficile d'accès et un peu moins commercial et je pense avoir fait ça car j'avais inconsciemment un complexe. Les gens disaient en effet que mon 1er LP était funky et moi je disais "non" je fais de la musique électronique donc j'ai fait cet album plus compliqué à appréhender, plus club.
Useless : Puis en 2003, Super Discount 2

Alex Gopher : Alors oui, c'est arrivé de manière assez spontané. C'est Etienne qui bosse sur les projets Super discount, c'est lui le patron. On a fait trois morceaux ensemble car on se faisait chier on savait pas quoi faire. En 2003, on n'était plus inspiré par ce qu'il se faisait : on n'en pouvait plus de la house filtrée et à cet époque là on était de toute façon en pleine minimale allemande qui ne nous branchait pas mais alors pas du tout ! On a fait des morceaux plutôt vénères genre Bit Torrent. On ne savait pas si on allait les sortir mais on a fait ces morceaux plus techno. Et au final, on s'est retrouvé à faire des collaborations, comme pour Super discount 2. Pour la 1ère fois, on est parti dans une longue tournée LIVE où on est parti avec plein de matos, plus de disques, on est parti avec presque un studio sur scène. Et on a fait plein de villes pendant 2 ans. C'était vraiment super…

Je ne faisais pas de musique pendant ce temps. Et après 2 années de clubbing intensif, je n'en pouvais plus de la techno ! J'ai donc fait en 2007 un album plus acoustique et rock où je chante (intitulé "Alex Gopher", album éponyme donc…). Etienne m'a beaucoup aidé. Ça n'a pas été facile car la façon de travailler est très différente. Et puis aussi le flip de se dire "les gens vont jamais comprendre", et le fait de passer le cap de cette réflexion, et le faire tout simplement.
Useless : Album qui a été accueilli de manière modérée par la critique ..

Alex Gopher : Il y a eu de bonnes et de mauvaises critiques… Voire pas de critique du tout : des gens qui ne voulaient pas en parler !! Je me suis fâché très très fort avec Tsugi à l'époque qui a fait une très mauvaise critique…. En plus il y a eu une sombre histoire derrière… Enfin bref… Puis j'ai fait une tournée derrière…

Useless : Justement, qu'est ce que tu préfères : le Live ou de DJaying ?

Le studio !! Le DJaying c'est beaucoup plus facile sans commune mesure.
Useless : Quand as-tu commencé à faire des remixes?

Alex Gopher : Avant même mon premier album, je faisais déjà des remixes…. En tant que remixeur, je compose souvent voire toujours un nouveau truc. Par contre, tu n'es pas crédité pour ça : soit c'est un échange de remix soit tu touches un flat fee, mais pas de droit d'auteur. Et je trouve ça très choquant !! Alors c'est vrai que lorsque tu débutes, c'est très bien : les Bloody Beetroots par exemple ont fait tellement de remixes qui ont tellement marché que ce sont devenus des stars. Mais le principe de "rémunération" du remis en soit me choque énormément.
Useless : Justement, quel est ton regard sur toute cette nouvelle scène electro bouillonnante ?

Alex Gopher : Il y a des choses que j'aime : SebastiAn, j'ai beaucoup aimé l'album de Justice quand il est sorti, il y a des remixes des Bloody Beetroots que j'adore . J'accroche par les Crookers : il y a truc trop danse des canards !
Useless : Fête foraine ?!

Alex Gopher : Oui, c'est vrai que dans ce mouvement, il y a un côté "fête foraine". Peut-être que pour la jeune génération c'est pas le cas, mais il y a pour moi un moment où ça bascule dans ce travers là, et c'est plus acceptable! Mais c'est vrai que cette effervescence m'a donné envie de refaire de la musique électronique et m'a remis le pied à l'étrier.

C'est ce qui a fait que des morceaux comme Motorcycle Club, que Gildas a entendu et a voulu d'office mettre sur Maison Kitsuné 3, ou Dust, sorti 6 mois après en maxi sur le label d'un pote, ont pu sorti et fonctionner.

La petite anecdote sur Dust est qu'en 2005 je croise Xavier de Justice. Ils n'avaient pas encore sorti leur album mais avaient déjà fait le remix de Simian et donc le buzz avait bien commencé…. Il me dit "Putain, ton track Dust ,je le joue tout le temps! C'est surprenant que tu fasses un truc comme ça " J'étais super fier qu'il le joue ! Puis, ensuite le morceau sur Kitsuné Maison 3 qui a bien fonctionné aussi.

Je me suis dit que ces tracks je ne les avais pas fait pour plaire à ces gens là, ils sont venus naturellement. Et c'est comme ça que je me suis retrouvé naturellement en accord avec cette nouvelle scène qui m'inspire aussi beaucoup.
Useless : Qu'est ce qui fait que lorsque tu composes un morceau tu ne tombes pas dans le travers de faire une "turbine bête et méchante" comme beaucoup de producteurs aujourd'hui ?

Alex Gopher : J'aime bien les morceaux à relief. J'adore Dada Life pour ça, ces gars là sont capables d'alterner dans un même morceau des moments qui tabassent à des moments doux, limite cheesy. C'est pour ça que j'aimais beaucoup Nirvana à l'époque ! C'est con comme ex mais j'aime bien les groupes qui mettent du relief dans leur musique.

Je suis aussi super fan de Siriusmo! Il a un style vraiment incroyable! Ces morceaux sont très durs à jouer en Live par contre. De temps en temps, j'essaie mais c'est pas des morceaux fédérateurs...

Ainsi, en 2004-2005, alors que la minimale explosai en Europe et, je me suis remis à écouter du rock, à écouter The White Stripes par ex, et le fait que j'aime des gars comme Boys Noise, qui finalement mettent du rock dans leur electro vient de mon goût pour les morceaux à relief.
Useless : CD ou MP3 ?

Alex Gopher : Je joue CD et en général il n'y a sur mes CDs qu'un seul morceau en WAV. Juste pour une histoire de visuels : comme ça j'écris un truc ou je mets une photo comme pour les vinyls à l'époque.Ca me fait chier de me taper une liste de 10 morceaux à défiler sur un CD !!
Useless : Meilleur souvenir ?

Alex Gopher : Rockwechter en Belgique à l'époque de Super discount 2, c'était vraiment dément ! Et la release party du Social Club le 7 novembre 2009 ! Bien ouf comme soirée !!
Useless : Pire galère ?

Alex Gopher : En Espagne, je jouais dans un genre de zénith où les gens étaient venus écouter du hip-hop espagnol et ça l'a pas fait du tout quand j'ai passé de l'électro ! Sinon en Suisse, j'ai joué avec les Punk Jump Up dans une salle rock où ils ne font jamais de soirée electro, il y avait 30 personnes et c'était pesant…
Useless : Et une galère technique ?

Alex Gopher : Deux de mémoire : une bière renversé sur un ordinateur pour la 1ère date de Super discount ! L'ordi a planté !! On a re démarré la machine et essuyé le clavier, on a pu terminer le concert quand même ! Et puis une 2e fois, c'était à la soirée TSUGI à La Loco , un mec a débranché le câble de la carte son donc plantage etc!

Useless : Coups de coeur du moment

Alex Gopher : Un remix de Dada Life pour Moon Bootica, un rmx de Proxy pour Tiga. En général je trouve les prods de Proxy trop dur mais quand il fait des remixes, je suis fan ! Et un remix de Hey Today pour Zombie Nation
Useless : Ton regard sur la crise du disque ? Quelles sont selon toi les solutions ?

Moi ma solution c'est small si beautiful c'est-à-dire revenir à l'artisanat. Les majors ayant baissé en présence par rapport aux années 90, tu peux aujourd'hui sortir beaucoup plus facilement un morceau. Pour ma part, je ne m'appuie plus sur des labels pour sortir ma musique. Je ne gagne pas moins d'argent vu qu'il y a moins d'intermédiaires et je suis plus heureux comme ça. L'artisanat il n'y a que ça de vrai.

En plus je fais DJs, je fais des musiques de disque, je fais des remixes, etc Je fais plein de choses et je m'en sors bien grâce à ces multiples activités.

J'ai compris qu'aujourd'hui faire des disques est une activité qui sert de moteur à d'autres activités. C'est totalement l'inverse d'avant. Je ne pense pas par ex vendre beaucoup de mon album de remix mais par contre, je sais que cela va me permettre de décrocher des dates en 2010.
Useless : Et à part la musique?

Alex Gopher : J'ai une famille qui compte pour moi : deux enfants. Je suis aussi un fan de bagnoles !
Tu réfléchis à ton évolution de carrière ? Tu te projettes ?

Alex Gopher : Je n'ai rien prévu et ça m'angoisse au plus haut point. J'ai peur de devenir trop vieux un jour pour être DJ…. J'ai envie de sortir des artistes sur mon label, mais je me dis que c'est tellement de boulot pour finalement des retombées pas à la hauteur des efforts fournis.
Useless : Il faut que tu ouvres une discothèque !

Alex Gopher : C'est une bonne idée pour un vieux DJ ! Je peux inviter mes potes, passer les disques que j'aime, etc. Quand je vois comme le Social Club fonctionne !

Tags : useless_interview, alex_gopher

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1 commentaire(s)

  • Commentaire de Lil'Gay :

    le 2010-05-07 11:52:45

    Excellente ITW ! Daft c'est un peu l'arbre qui cache la forêt, dieu sait qu'il y a eut des pépites avec la French Touch. Ca fait plaiz de voir comment un type comme Gopher réagit face à un environnement musical qui lui déplait : en créant, libre de toutes tendances. Bravo. A+
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