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par @FrancoisChe

Nichons Magazine : “Pour stopper le flux de l'Internet, nous l'avons imprimé”

Nichons Magazine : “Pour stopper le flux de l'Internet, nous l'avons imprimé”

Halte là ! On vous voit venir bande de petits chenapans. Non, Nichons n'est pas une déclinaison print du Tag Parfait mais une revue semestrielle d'une centaine de pages qui « explore les pratiques de l'Internet ». Quid de la sacro-sainte expérience utilisateur au cinéma, dans les prisons, les bibliothèques... L'ambition ? Prendre le temps de traiter des cultures numériques sur du papier. Et sans boutons de partage vers les réseaux sociaux.
Nos questions à Alexandre Léchenet, directeur éditorial du mag.

Comment cette revue est-elle née ?
Alexandre Léchenet : Avec Julien et Enora, nous avions couvert les élections de 2012 en data-visualisations pour Matière Primaire. Le projet a eu un petit succès — on a même fait une exposition — et nous avions vraiment envie de continuer à travailler ensemble. Le support papier nous intéressait. Nous nous sommes dit que nous allions aller à rebours en racontant Internet sur du papier.

Que trouve-t-on dans ce mag ?
Dans Nichons-nous dans l'Internet, on raconte les gens à travers leur ordinateur. Il y a des articles, des séries de photos ou des projets artistiques. On trouve par exemple des portraits d'utilisateurs, un éclairage sur une utilisation particulière ou un site oublié, on échange avec des net-artistes et on raconte du patrimoine d'Internet. Dans le premier numéro, on s'intéressait ainsi à l'Internet d'une personne aveugle, aux fétichistes qui peuvent s'épanouir en ligne, à une bagarre épique entre blogueurs high-tech et maman blogueuses ou encore à un vieux jeu de rôle en ligne.

Qui sont les contributeurs ?
Ce sont des gens qui nous ont proposé des textes, ou ceux dont on aime l'Internet. Ils ont tous été généreux pour nous donner un peu de leur temps et de leur travail. Il y a des journalistes web, des photographes et des graphistes. Nous ouvrons également nos pages à des chercheurs en communication et en sociologie.

Pourquoi faire ce choix de lancer un titre qui traite de culture numérique, sur un format papier ?
Nous avions vraiment envie de faire une revue en papier, parce que l'objet est agréable. On s'est dit que le seul moyen d'arrêter le flux du Net était de l'imprimer. Et fabriquer un objet concret est complètement différent de la création sur le Web.

Comment expliques-tu cette volonté de raccrocher le wagon du slow journalisme ?
Nous avons chacun un métier, et faire un magazine prend beaucoup de temps, alors on s'est dit que 100 pages tous les six mois était un bon tempo. Ça permet aux gens de prendre le temps de lire les différents articles, de découvrir les projets photographiques, et ça nous permet de trouver des bonnes idées, de lécher la présentation...

Quels sont les trois papiers qu'il faut absolument lire dans le numéro 2 ?
Il faut tous les lire. Mais je dirai qu'on peut lire un article sur l'utilisation de Twitter par un jeune de 17 ans, qui a su détourner l'outil pour faire monter en trending topic ce que bon lui semble est très fascinant et assez intriguant.
Il y a aussi un autre article, un peu à l'opposé, qui raconte l'utilisation d'Internet par une bibliothécaire, aveugle. Elle raconte comment elle pianote sur son clavier braille pour lire et écrire, et explique ce qui l'ennuie le plus sur le web.
Et il y a une belle série de photo sur tout un tas de mèmes Internet monté dans des bijoux. C'est super kitsch et super mignon à la fois : c'est Internet.

Nichons-nous dans l'Internet, disponible à la vente sur le site du magazine et dans plusieurs librairies à Paris (Ofr, LO/A, galerie du jour Agnès b...).

Propos recueillis par François Chevalier