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par @FrancoisChe

Littérature : Faut-il acheter le bouquin des mecs de Jooks ?

Littérature : Faut-il acheter le bouquin des mecs de Jooks ?

Ce livre va se retrouver au pied d'un paquet de sapins à la fin du mois. Et pour cause, en deux ans, Jooks s'est imposé comme l'un des sites préférés des mecs qui ont du temps à tuer sur Internet. Une usine à clics qui revendique 2 millions de visiteurs par mois. La formule ? Des sujets racoleurs, souvent drôles, dont la viralité exponentielle se chiffre en milliers de partages sur les réseaux sociaux.
Au moment où le site se décline en version papier, nous avons rencontré Fabien Prade, cofondateur qui a accepté de témoigner à visage découvert.

On va partir du début, peux-tu me raconter l'histoire de Jooks ?
Fabien Prade : Le site a été crée il y a deux ans, par mon cousin - Nicolas Reynaud - et moi-même. Mon job consiste à écrire les papiers. Lui s'occupe du business. On voulait faire un site pour mecs. Sur Internet ou en presse papier, on a constaté qu'il y avait un manque. Tu as soit des trucs de beaufs avec des meufs, soit des trucs de metrosexuels, hyper preppy. Il n'y avait pas vraiment de terrain d'expression pour les mecs normaux qui sont ni des gros bourrins, ni des gros branchés.

Et cette baseline, c'est du sérieux ?
Pour trouver la formule, on est parti du postulat que sur Internet, on voit passer des tonnes de flux vidéos et d'actu. Il y a toute une frange de la population masculine qui n'est pas concernée. Que tu sois livreur de pizza à Toulouse, trader à la Défense ou fumeur de joints à Paname, peu importe… il y a un socle de problématiques communes qui concerne tous les mecs (Ex : A-t-on droit de niquer sa cousine ?). L'idée, c'est de ne pas être clivant.

Au départ, c'est donc un site plutôt « core »...
Il y a quand même une grosse part de déconne, un peu provoc' et second degré. Mais c'est vrai qu'on pose toujours des vraies questions. Notre stratégie consiste à mettre le doigt sur ces sujets.

Tu évalues la pertinence d'un sujet en fonction de son potentiel viral ?
C'est presque l'essence du site. On vit et on meurt par les réseaux sociaux. Quand j'écris un article, il faut que le mec qui le poste sur son wall, est au moins un pote que ça fasse « golri ». C'est un contenu qui est pensé pour être viral. C'est une mécanique en trois temps. Dans le sens où il y a le postulat de départ (Ex : Doit-on vraiment sodomiser la femme qu'on aime ?), le traitement et ensuite le forum avec tous les commentaires.

Comment procèdes-tu pour sélectionner les thèmes...
Ça relève vachement du comique d'observation, du well-seen. Il y a des trucs qui me sont arrivés et des trucs que je constate chez mes potes. Parfois, ça sort aussi de mon imagination. Je tente de verbaliser ce que tout le monde sait. J'ai déjà reçu des mails du style : « Putain les gars, sortez de ma tête ! »

« On vit et on meurt par les réseaux sociaux »

Quelles sont tes limites ?
Le principe n'est pas de blesser. Il faut que ça « parle » aux gens. J'évite les sujets qui visent une catégorie de personnes en particulier, comme les bourges ou les cailleras. Jooks doit rester un site de détente.

Au delà de la rigolade, ce qui surprend, c'est l'écriture...
Je crois vachement à la lecture, notamment sur Internet. Un article avec du style, un propos... Finalement, il n'y en a pas tant que ça. Dans nos articles, il n'y a jamais d'images, de vidéos ou de liens pour que les gars lisent le texte. Je fais assez court car ça s'adresse aux mecs qui sont dans le métro ou au bureau. Je pense que le sens kiffent de lire des trucs un peu écrit, et pas des copiés-collés de dépêches AFP. C'est aussi pour ça que livre m'est apparu comme la forme la plus pertinente pour décliner le site.

Avais-tu déjà expérimenté ce genre de chroniques ?
Dans le magazine Jalouse, je tenais une chronique qui s'appelait Mauvais esprit et ça marchait plutôt bien. Je racontais, sur un ton assez cru, mes histoires avec les meufs. Il y avait souvent un élément de vérité.

C'est stimulant de savoir que le mecs en parlent au bureau ?
Carrément, l'idée c'était aussi de créer une communauté. Je me régale en lisant les commentaires qui sont comme dans la vraie vie : avec des gens qui prennent le truc très au sérieux. Ça peut vite partir en vrille. Tu fais un article sur les adultes qui font de la trottinette et tu as 30 bolosses qui s'énervent...

Subissez-vous beaucoup d'attaques de trolls ?
On a droit à tout. Des gars qui nous insultent… Mais moi je kiffe. On a des articles qui montent à 500 commentaires. Les gars s'embrouillent de ouf. C'est vraiment le complément de l'article. C'est comme sur les sites de sport, c'est souvent dans les commentaires que je marre le plus. L'analyse est souvent pointue et aussi intéressante que l'article lui-même.

Au fait, tu ne signes jamais tes articles. Tu n'assumes pas ?
On voulait surtout éviter de faire un blog personnalisé avec mon nom. Je trouve ça cheap... Et puis on aime bien faire croire aux gens qu'on est plusieurs. On a essayé de développer le truc comme une marque. Au départ, on a pensé à « entremecs.com » mais ça faisait trop gay.

Dans la tête des mecs, 14,90€ aux éditions Allary, 9,90€ au format numérique.