Rayon frais

Sport

par @FrancoisChe

Fichez-moi la paix avec le dunk de Vince Carter sur Fred Weis

Fichez-moi la paix avec le dunk de Vince Carter sur Fred Weis

Le 25 septembre 2000, il y a 18 ans jour pour jour, Vince Carter s'envolait dans les airs pour dunker par dessus Fred Weis. Mais cette année, c'est décidé, je vais célébrer quelque chose de bien plus important pour le basket français. Explications.

Je suis fautif. Pendant des années, j'ai relayé le dunk « humiliant » de Vince Carter sur Fred Weis. Oui, ce tomar est monstrueux, sans aucun doute « le duuuuunnnk des Jeux olyyyyympiiiiiiques ! » (voix de George Eddy). Chaque 25 septembre, médias spécialisés et internautes entretiennent le mythe en célébrant le fameux décollage de Vinsanity par dessus le pivot des Bleus. Rien ne pourra remettre en question la dimension athlétique de ce geste complètement fou. Impossible de rester insensible au « dunk de la mort ». David Stern en rêvait, Vince Carter l'a fait : une publicité pour la NBA, sans dépenser un dollar. La métaphore absolue du basket américain tout puissant qui marche sur la vieille Europe.

« C'est qui Fred Weis ? »

Seulement voilà, l'action sensationnelle de VC nous a fait oublier l'essentiel, en France. Et cette année, j'ai décidé de ne plus fêter religieusement la date anniversaire en partageant cette vidéo ou un article sur les réseaux sociaux. Pourquoi maintenant ? Une petite histoire récente illustre le malaise et ma volonté de changer d'attitude. Il y a quelques mois, à l'entraînement de mon club de basket, un cadet de 17 ans s'échauffe avec l'équipe senior. J'évoque avec un coéquipier la reconversion réussie de Fred Weis en tant que consultant TV. Derrière moi, le gamin qui écoute la conversation balance un assassin : « C'est qui Fred Weis ? » La réponse de l'un de ses copains fuse : « C'est le mec qui s'est fait postériser par Vince Carter ! » Les gamins, qui avaient quelques mois au moment des JO de Sydney, venaient de résumer l'ex-pivot des Bleus en une action. C'était extrêmement violent et injuste pour le basketteur mosellan de 2,18 m. Les ravages de YouTube, machine à highlights, résumés en une anecdote.

Pire, en discutant avec eux, je me rendais compte que les kids ne savaient même pas que la France a glané une médaille d'argent à Sydney, en tenant tête à Team USA et son roster XXL (Kevin Garnett, Ray Allen, Jason Kidd, Gary Payton…), que Fred Weis a littéralement détruit Luc Longley, l'ex-pivot des Bulls de Jordan, en demi-finale face à l'Australie avec une performance de légende, que Makan Dioumassi a neutralisé Steve Nash en 1/4 contre la Canada, que Laurent Sciarra est le meilleur marqueur de la finale… A force de se concentrer sur Vince Carter… Il y a deux ans, l'ex-sélectionneur des Bleus Jean-Pierre de Vincenzi est revenu sur la façon dont il avait géré cet épisode dans un entretien accordé à Basket Europe. La chute dit tout : « Quand Fred Weis se fait smasher sur la tronche, il faut travailler toute la soirée pour lui faire comprendre que ce n’est qu’une péripétie, qui a fait le tour de la terre certes, mais que le reste est bien plus important. Et au final, on a une médaille d’argent qu’on n’aurait jamais pu décrocher sans lui »

Le dunk de Vinsanity est fabuleux mais les héros de Sydney méritent le respect ! Antoine Rigaudeau, Jim Bilba, Yann Bonato, Moustapha Sonko… Des JO 2000, il faut aussi (et surtout ?) se souvenir du 1er octobre 2000, lorsque l'équipe de France est montée sur le podium des Jeux olympiques après avoir joué les yeux dans les yeux avec les Américains. Un résultat jamais égalé pour l'instant, y compris par la génération Parker/Diaw. Peut-être que c'est le bon moment pour Nicolas de Virieu de tourner un documentaire de référence sur cette épopée, afin qu'il reste une trace. Indélébile

Texte de François Chevalier