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DJ Kodh - Voice Hands Machine

Le cv de DJ Kodh force le respect. Champion du monde DMC en 2000 et plus récemment dj sur la dernière tournée d'Uffie, cet ancien membre du collectif Audiomicid (Feadz, Mogz et Shone) revient avec un nouveau projet : Voice Hands Machine. En quête de nouveauté, Kodh s'est associé à Rhom. Il change ainsi de registre sonore et met sa technique au service de prods orginales dans lesquelles ce scratcheur hyper technique, donne de la voix. Il pousse la chansonnette et ça vaut le détour.

Street Tease : Pourquoi VHM ?
KODH/VHM : J’ai pas trop intellectualisé ou conceptualisé le truc, c’est hyper inconscient. Je devais trouver un nom en rapport avec ma démarche musicale et je me suis dit que l'association des 3 mots voice, hands et machine fonctionnait relativement bien.
La grande nouveauté pour toi, c'est la voix. Désormais, tu chantes...
C’était un peu le challenge, essayer de se dépasser et se renouveler. J’ai fait de nombreuses années de compet' et je suis arrivé au bout d’un truc. Je ne me voyais pas suivre un cursus de dj party rocker, même si je le fait toujours parce que je kiffe de voir tout le monde danser. Après j’ai commencé à faire de la prod, à accompagner des artistes et aider des gens dans leurs projets. Et je me suis dit que ce serait cool d’essayer de nouvelles choses. L'idée de chanter est venue hyper naturellement. En fait je chantais avant même de jouer d'un instrument. Et je me suis lancé.
Peux-tu nous parler de ton initiation au son ?
J’ai toujours baigné dans un mélange de rap, de black music et de musique électronique, avec en toile de fond, la danse. Il y a plein de références, Juan Atkins, Bambaataa, Kevin Sanderson et son groupe Inner City avec des tracks de fou comme Big Fun, de la techno de Detroit, le prototype du truc chanmé selon moi. Mon frère qui a la quarantaine aujourd'hui, a fait parti des premiers mecs en France à écouter de la hip-house et à organiser des soirées dans le 93. Moi, j’avais dix piges de moins que lui, mais j’écoutais tout ça et je pense que c'est resté gravé en moi.

"Le centre de gravité s'est déplacé en Europe (...) Le vieux continent a apporté du sang neuf."

Tu te souviens de ton premier contact avec les platines ?
Un pote allait sur Paname et ramenait les mix-tape passe/passe, des trucs complètement oufs. Pendant longtemps je me demandais comment faisaient les mecs. Alors j’ai tenté de le faire avec mes cassettes, mais ça ne marchait pas. Puis ce pote a ramené des vidéos de championnats, en 95. Et j’ai fini par comprendre le tourne disque. Mais attention, il fallait que quelqu’un ait un magnétoscope et qu’on trouve la vidéo. Je me souviens des allers-retours incessants de certains entre les States et Clignancourt pour ramener des sapes, des vidéos, des mix-tapes, des blings.
Ce qui m’a donné envie de faire du scratch, c’est le championnat 97 avec une démo de Qbert complètement folle et A-trak qui gagne cette année là.
C'est devenu une obsession ?
Complètement. On ne faisait que ça. Il faut vraiment pratiquer la platine comme un instrument. Qbert et Mix Master Mike qui disaient : "C’est un langage, un moyen d’expression" et plus tu pratiques, plus t’acquiers de vocabulaire pour enrichir ton langage.
Qu’est-ce que ton titre de champion du monde DMC t'a apporté ?
Ça m'a apporté plein de reconnaissance et donné envie aux gens d’écouter un peu plus et diffuser ce que je faisais. Ça m'a permis de rencontrer plein de gens. Humainement et artistiquement, c'était passionnant, mais c’était pas la vie de "resta". J'ai pu faire plein d’autres choses tout en continuant ce que je faisais déjà. En fait, le titre met simplement le doigt sur les mecs qui apportent quelque chose de neuf à un moment donné.
Ça t’a mis la pression ?
Carrément. J’ai gagné mon premier titre à 17 ans, lors de mon tout premier voyage à Londres. Je suis allé digger chez Mr. Bongo, c’était l’endroit où aller à l’époque, mythique. Tu faisais ta démo, tu rencontrais du monde. Et tu ramenais des trucs que personne connaissait, des bootlegs… Là bas, il y a une vraie culture du vinyle, de l’objet et une culture dj. En 2000, je suis allé à la FNAC locale, HMV. Devant l’entrée il y a un booth avec deux platines MK2 et un mec qui mixait. C'est encore jamais arrivé ici d’ailleurs, j’ai jamais vu un mec mixer devant la FNAC. Non, jamais vu ça. (rires)

A 17 ans tu gagnes donc dans la mecque européenne du djing ?
C’était fou. Il y a eu un truc en plus cette année là, c’était l’an 2000, le nouveau millénaire, l’apparition de nouvelles catégories. Comme une sorte de passation, de changement de zone, au niveau de la création : le centre de gravité s'est déplacé en Europe. Il y a eu tout un truc, un peu magique. Les compétitions qui avaient lieu aux Etats-Unis, débarquaient sur le vieux continent. Le courant s’est ouvert et l’Europe a apporté du sang neuf, de nouvelles choses, une nouvelle vision.
Le déclic qui t’a donné envie d’écrire ?
Je faisais partie du crew Audiomicid, avec Shone, Mogz et Feadz. Et il y a eu un élément déclencheur, une sorte de trend entre nous, une volonté de se renouveler. J’ai fait un premier morceau, un rap avec un beat totalement désarticulé, mal mixé, complètement fou. On a mis du temps avant d'atteindre un truc plus mature avec une vraie direction, de vraies envies et des choses à raconter. Et il y a eu des histoires personnelles qui m’ont fait réaliser que c'est cool d'écrire, beaucoup plus curatif que faire des prods, scratcher ou jouer du clavier.
Les meilleurs souvenirs ?
La Fabric à Londres, j’ai mixé là-bas sur invitation des Scratch Perverts. Mon trip à Bogota aussi. J’accompagnais le projet de Rocca, Tres Coronas, et on était programmé là-bas, avec promo, télé, radio et tout. C’est un souvenir assez dingue et on n'a pas joué à cause de la police qui voulait un backshich ! (rires) Du coup ils ont fermé la salle, c’était fou !
Passer du breakbeat à l'electro pop, c’est une évolution définitive ?
Putain, bonne question. Je vais déjà essayer de mettre la soucoupe VHM sur orbite. Il y a toujours un côté breakbeat, un truc funky un peu sous-jacent dans ma musique.
Là, je ferai bien davantage de remixes. Plus dansant, plus minimaliste. VHM c'est un projet un peu plus costaud, plus fourni, c’est pouvoir écrire et chanter sur un son adapté. Mais je ne me suis pas fermé de portes.
Comment appréhendes-tu la sortie de l'album et les réactions qui vont avec ?
En tout cas, notre démarche est avant tout d’exprimer quelque chose de personnel, purement égoïste, au-delà du regard des autres. Il y a des créations qui restent chez moi et qui y resteront. Après il y a ce que tu peux montrer et ce que t’as envie de transmettre. Et là pour le coup, je pense que l’interprétation est vraiment personnelle.

Et aujourd’hui t’as des envies au-delà de la musique ?
Je kifferais travailler l’image pour la mettre en musique. J'y pense depuis toujours. Faire de la musique de film peut être. Ou en tous cas, utilliser la musique pour raconter une histoire et mettre en valeur l'image.
Ça se voit déjà un peu dans tes clips, tu reprends des images de films.
Il y a eu un clip comme ça, j’avais repris des images du New Dance Show. C’était un Soul Train, de la fin des années 90’ orienté rap et techno diffusé à Detroit, Chicago et je crois que c’était un vieux souvenir de l’époque de mon frère. Le premier morceau qu’on a sorti pour VHM s’appelle Get u on the dancefloor et je m’étais dit que c’était cool de mettre de l’image dessus. C’était en référence au thème de la chanson et ses influences. C’est le pilote de l’émission qui a été utilisé et plein de gens se sont mis à utiliser ces images là.
L'album sera-t-il dans le même registre que Take your hand ?
Hmm, c'est vrai que le premier track est assez pêchu et entraînant. Il y a de l’énergie dans tous les morceaux. Ce morceau n'est pas forcément très représentatif de l’album, qui ne sera pas un patchwork mais sera quand même assez varié. Les quelques privilégiés qui ont pu mettre une oreille dedans trouvent qu’il est cohérent. C’est plein de prototypes et j’ai évité de faire deux fois le même morceau. C’était de l’expérimentation, on verra ce que ça va donner, si ça résonne chez les gens.
Tu l’as également remixé ?
Ouais, sur l’EP. J’ai essayé de faire un truc un peu expérimental, un peu UK/afrobeat, et je pense qu'on va s’attaquer à un nouveau morceau d’ici la fin de l’hiver.

Auteur : Shehan & Eddy
Photos : Droits Réservés

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