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Tony Snake : Rage de Dents

Au-delà de l'horlogerie, de l'emmental et de la minimale (is dead), il y a une scène électronique alternative en Suisse. Tony Snake, fidèle militant d'une électro plus généreuse et colorée - proche de la nébuleuse French Touch - entend bien démontrer qu'il n'y a pas que Villalobos et Luciano dans le cœur des Helvètes.
De retour de Londres où il a enregistré son premier LP, le Genevois nous dévoile quelques facettes de son univers musical complètement loufoque, entre un Rendez vous chez le Dentiste, une piqûre antivenin et quelques breaks assassins.

Nous poursuivons cette semaine notre série d'entretiens spécial LAPTOP à la découverte de chaque artiste ayant participé au projet, avec Tony Snake, auteur de Bulldozer, une piste poids lourd au final extatique, sur les traces de Oizo.

Street Tease : Mon cher Tony, parle nous de ton histoire musicale. Tu es dans le son depuis pas mal de temps il me semble ?
Tony Snake : J'ai commencé sur un coup de cœur, vers mes 6 ans,dans le salon de papi et mamie, mon père et mon oncle étaient en plein délire sur un synthé et j'entendais au loin ces crépitements. C'était la découverte, je n'en revenais pas et d'ailleurs, je n'en suis jamais revenu. Après quelques années de Bontempi et de petites compos sur Apple 2, ma mère à décidé de me faire entrer au conservatoire pendant 2 ans. Les instituteurs ne supportaient plus mes déstructurations de Béla Bartók et une bonne fièvre pendant les examens mirent un terme à mes cours. Ensuite mon oncle m'a offert sa batterie, une grosse découverte aussi, je m'entraînais sur un vieux son de Black Sabath avant de passer au métronome et aux bouquins.
Comme beaucoup d'électroniciens actuels, tu as fait partie d'un groupe de rock, tu officiais derrière les fûts ?
J'ai fait quelques rencontres qui m'ont permis de connaître des groupes de musiciens avec qui je pouvais enfin partager mes passions, prendre des claques, en donner aussi (rires). Mon premier groupe officiel fut Très Haute Tension, du rock lourd fusionné avec un MC, c'était en 1991. L'année d'après je me suis remis à composer des sons sur des machines comme l'Amiga 500, le Roland D50, le Korg 01W Pro. J'ai été très influencé par les compositeurs de jeux vidéos comme David Whittaker et Art Of Noise. Le décollage de Desdemona en Suisse, encore un groupe de rock mais plus soft avec qui nous avions fait quelques concerts et première parties d'Aston Villa, Dionysos, Mother Kingdom. Après quelques jams, j'ai refait quelques années de compos en solo, mais c'est seulement depuis 2003 que les choses se sont clarifiées
London Calling ! Tu viens de produire ton premier LP dans un studio londonien. Parle nous de cette expérience unique, pourquoi ce choix ?
En fait, je compose, arrange et mixe tous mes morceaux. Mon oncle m'a beaucoup apporté dans le domaine informatique et musical mais pour la touche finale je voulais le mastering d'un ingénieur expérimenté et professionnel. En premier lieu, je me suis adressé à certaines personnes de Genève mais j'étais pas satisfait du résultat. Je voulais que le son soit proche de la famille musicale à laquelle je pense appartenir et j'ai fini par trouver chaussure à mon pied du coté des ingénieurs Londoniens. Je suis extrêmement satisfait du résultat et donc de ce choix.

"Pour cet album, j'ai insisté sur le coté dentiste vivant dans un appartement insalubre qui fait cuire une saucisse dans sa vieille casserole. J'ai voulu mélanger plusieurs univers, du dancefloor frappadingue avec une pointe d'humour et de drame toujours en harmonie avec les choses que j'ai pu vivre."

Je suis curieux. Est-il possible d’en savoir plus sur le contenu de ce premier LP. Quelles seront les grandes orientations ?
Pour cet album, j'ai insisté sur le coté dentiste vivant dans un appartement insalubre qui fait cuire une saucisse dans sa vieille casserole (sic). J'ai voulu mélanger plusieurs univers, du dancefloor frappadingue avec une pointe d'humour et de drame toujours en harmonie avec les choses que j'ai pu vivre (resic).
Tes références techno sont Mr Oizo et Aphex Twin, il y a pire comme background… Mais dans quelle mesure tes productions sont-elles influencées par ces sonorités ?
Ce que j'aime chez ces Messieurs hormis les déstructurations folles qui sont de nature très moderne voir avant-gardiste, c'est qu'ils ne restent pas au crochet d'une réussite en reproduisant interminablement le dernier tube qui a fait leur fortune. Ils n'ont pas 2 tracks identiques, et insèrent un thème nouveau à chaque compo, et ça selon moi c'est une preuve de passion, et de créativité.
D’une manière plus générale, quelles sont tes sources d’inspiration dans ta musique, ta manière de composer des mélodies, des breaks, des beats… ?
Je suis très fan des vieux compositeurs comme John Carpenter, Giorgio Moroder, François de Roubaix, Jean Michel Jarre, Vangelis car ils utilisaient des vieux synthés comme le Moog Modular, le Roland Juno 6 ou le Arp 2600. Ce sont des synthés que j'utilise beaucoup dans mes compos. J'aime beaucoup traiter mes sons et en créer aussi, leur donner un grain un peut sale, récupérer des petits sons en zappant une radio. Le souffle qui accompagne mes rythmes est provoqué par un jeu de réverbération à fréquence et volume déterminés pour rappeler le souffle du serpent mais de façon électronique. Ma manière de composer est plutôt théâtrale, j'aime beaucoup nuancer mes morceaux, par exemple j'aime raconter une histoire à travers ma musique, narrer un personnage, une situation, un lieu, un objet, une pensée, une ambiance...

"Je suis très fan des vieux compositeurs comme John Carpenter, Giorgio Moroder, François de Roubaix, Jean Michel Jarre, Vangelis car ils utilisaient des vieux synthés comme le Moog Modular, le Roland Juno 6 ou le Arp 2600."

On dit des Suisses qu'ils adorent la minimale et le clubbing Genevois s’inspire beaucoup de son voisin allemand, beaucoup plus que de la France. Comment expliques-tu ce phénomène ?
C'est sans doute parce que le clubbing Genevois est monopolisé par une certaine fréquentation conservatrice n'aimant que la minimale et qui bloque l'accès aux nouveaux artistes locaux par snobisme ou je ne sais quelle crainte... A mon avis, c'est une erreur de leur part car dans tout les styles il y a du bon. Sans cette obstruction qui à mon avis ne durera pas, je pense que les Suisses seraient plus qu'heureux de découvrir la nouvelle French Touch par exemple.
Tu viens de publier le clip de Bulldozer. Tu as fait appel à un copain réalisateur. Raconte nous cette expérience et cette vidéo un peu folfingue qui colle si bien à ton univers.
Quand j'ai composé Bulldozer, je me suis imaginé un pauvre manœuvre qui se fait virer de son boulot et qui suite à ça, pète un plomb, prend un bulldozer et renverse tout sur le chantier, mais étant donné les moyens que j'avais, il m' était impossible de m'offrir ce tournage. (rires) Alors le scénario est devenu plus psychiatrique que matériel et Bulldozer est devenu le personnage principal de mon imagination qui traverse plusieurs périples avant de me retrouver dans son réveil . Grâce à Dirk Appermont, un copain d'enfance réalisateur, les choses ont rapidement pris forme. Les acteurs étaient tous de vieux amis, du coup on a renoué de vieux liens, c'était assez émouvant...

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Nicolas Fatio

myspace.com/tonysnake

Tony Snake - Rendez vous chez le Dentiste - Plombage Records
Son track Bulldozer est présent sur la compilation LAPTOP, éditée par Street Tease Magazine.
Tony Snake se produira en Live le vendredi 19 décembre au Velvet à Clermont Ferrand, en compagnie de French Fries et Lazy Flow dans le cadre de la soirée Nerd & Sexy 2.