Oddateee - Changes
Ricardo Galindez aka Oddateee n’est pas un artiste comme les autres. Livreur la semaine, ce touche à tout (rappeur, producteur, DJ) d’origine portoricaine écoule actuellement les scènes d’Europe pour promouvoir Halfway Homeless, un second album explosif à l’ambiance oppressante et aux lyrics brûlantes, réalisé en grande partie avec Dälek et signé sur le label lyonnais Jarring Effects.
Street Tease : Comment ça va ?
Oddateee : Je vais bien, je suis vivant, je respire et je me sens en pleine forme mec.
Peux tu te présenter en quelques mots ?
Oddateee, Portoricain, New York, rafraîchissant, réel, expressif, je parle beaucoup, je parle avec les mains, j’ai grandi dans la rue et possède donc une certaine expérience qui a construit mon histoire...
Tu ne vis pas encore de ta musique…
Et non. En fait, je suis livreur de boissons, toute la journée du lundi au vendredi je livre des sodas, du Gatorade, des Snapples, de l’eau... Et parallèlement à ça je bosse en studio. En plus le soir, quand je rentre à la maison, je dois m’occuper de ma femme et de ma fille. J’essaie de tout faire en une journée, tous les jours. Je suis un peu multi-tâches. Chaque jour j’essaie d’être Oddateee pendant quelques heures. Mais c’est positif, car je me rends compte que la vie que je menais avant ne me plaisait pas, que je me suis trompé de route. Je sais de quoi je suis capable. Avec mes expressions, ma façon de m’exprimer et de bouger, j’essaie de rentrer dans les esprits, de faire vibrer les foules. Je veux permettre aux gens qui bossent comme des cons toute la semaine de se lâcher pendant une heure ou deux, de tout oublier, parce que je sais ce que c’est, sérieusement. Et beaucoup de gens me disent que j’y parviens alors ça me donne de continuer, encore et encore. En ce moment j’ai l’impression que je pourrais peut être bientôt en vivre. J’aimerai tellement passer mon temps sur les routes à faire écouter ma musique. Car le seul moment où je suis vraiment heureux, c’est quand je suis sur scène en tant qu’Oddateee, mon personnage préféré.
"On a passé notre temps à faire des beats très dark en fumant autant de weed que l’on pouvait"
Pourquoi avoir appelé ton disque Halfway Homeless (à moitié SDF ndlr) ?
Je me considère moi-même comme ça depuis des années, j’ai toujours été un peu partout, je n’ai jamais été vraiment stable, je n’ai même jamais vraiment eu de lit où dormir tous les soirs.
Qui a pris la photo de la pochette ?
La femme d’Oktopus, elle est plutôt douée.
Comment se passent les enregistrements ?
J’ai mon propre studio chez moi, dans ma chambre. Quand j’ai mes idées, j’enregistre, ensuite je montre tout ça aux Dälek. Ils écoutent et transmettent le tout à Oktopus. C’est un peu le chef : il mixe le gâteau dans les studios Deadverse et rend le tout encore plus délicieux. Cela se rapproche vraiment de la cuisine, j’apporte la farine et les œufs, lui cuisine le reste et rajoute la crème. C’est un processus en trois temps.
Pour ce nouvel album, as-tu demandé quelque chose de particulier à Dälek ?
Pas vraiment, on fait tout ensemble, on est les mêmes. On a le même son. La différence se fait dans le temps consacré à la musique, moi avec mon boulot j’en ai moins, eux sont plus disponibles et ont plus d’expérience, même si ils sont en tournée la plupart du temps.
Combien de temps as-tu mis pour sortir ce disque ?
Environ deux ans, le temps de trouver un bon label en fait.
"Je n’ai même jamais vraiment eu de lit où dormir tous les soirs"
Comment s’est faite la connexion avec Jarring Effects ?Dälek ont kiffé le son et m’ont dit d’en faire un disque. Ils l’ont réalisé, en ont parlé aux mecs de Jarring Effects, un label que je ne connaissais pas du tout. Mais quand je m’y suis intéressé, j’ai adoré ce qu’ils faisaient et j’ai voulu en faire parti. Les gens semblent s’intéresser plus à moi en Europe qu’aux Etats-Unis. Maintenant je fais parti de Jarring Effects, c'est-à-dire à un label qui se situe à 4000 kms de chez moi. C’est comme cela que mon cœur fonctionne. Je crois qu’aux Etats-Unis les intérêts personnels passent avant tout. Moi je ne suis pas comme ça. En Europe, les gens sont plus ouverts musicalement et je suis fier d’être un artiste Jarring Effects.
Les sonorités de Halfway Homeless n’ont rien à voir avec les prods actuelles et tes lyrics sont relativement brutes.
Les gens qui me connaissent et m’entourent savent que mon son est expérimental. En fait, de nos jours, tu as deux choix : faire de la musique mainstream, poppy, mais très limitée musicalement, une sorte de cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Soit faire son propre son. Moi je fais ça. Mon son sonne comme il sonne. Côté lyrics, mes mots représentent ma vie, ce que j’ai vécu, ce que je vis, des émotions, la drogue, ce qui m’entoure. Mon son me représente et je représente mon son. Honnêtement je suis complètement perdu, mentalement perdu. J’ai un pied dedans, un pied dehors. Je ne peux pas oublier d’où je viens et je ne vais pas mentir. Parce que la rue est vraiment dure, particulièrement à New York et ses alentours. J’ai l’impression, dans un sens, que Halfway Homeless est une sorte de chef d’œuvre qui ne sera reconnu que dans quelques années.
Tes origines latines ne sont pas très présentes dans ta musique…
Il y a des samples en espagnol, certes un peu cachés. Mais je m’investis dans ma communauté et j’aimerai apporter un peu plus de cette culture dans mon son. D’ailleurs cela se ressent dans mon prochain disque, c’est un peu mathématique, c’est tous pour un.
Tes meilleurs souvenirs de concerts ?
Un peu partout en Europe, chaque concert est une expérience différente. Par contre je n’ai jamais joué aux Etats-Unis. J’essaie de faire prendre conscience aux gens du monde qui les entoure. Parfois le public ne comprend pas les paroles mais ils réagissent simplement à la vibe et à ce que je dégage.
"J'essaie de faire prendre conscience aux gens du monde qui les entoure"
T’écoute quoi en ce moment ?
La radio en général. Ce qui est marrant c’est que lorsque je fais mes livraisons, je ne peux écouter que du jazz car tout le reste m’ennuie.
Avec quels producteurs aimerais tu travailler ?
Prince Paul, RZA, Scorn, Roots Manuva, Komplx…
Des rappeurs avec qui tu aimerais faire un featuring ?
Sean P, j’aime son style, sinon des mecs du sud en général.
Tu connais des rappeurs ou des producteurs français ?
Non pas du tout mais je suis super ouvert, si il y a des intéressés ils peuvent me contacter à Deadverse Recordings. Je ne fermerais jamais la porte aux expériences.
Le prochain album ?
Il s’appelle 1973, c’est un pur disque estampillé Oddateee Community Development qui sortira l’année prochaine. Je ne veux plus stagner comme avant, je veux sortir plein de choses. J’aimerai vraiment sortir un vrai disque de Labteks également. Beaucoup de gens aimeraient en entendre plus et on va essayer de leur faire plaisir. Le problème c’est que la plupart des mecs de Labteks sont partis dans leurs délires. Mais je vais tout faire pour les rassembler.
Auteur : Alino
Photos : Droits Réservés
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- myspace.com/1oddateee
DIGEST
A 13 ans, mon cousin Richie m’a montré des platines Technics. C’est la première fois que j’en voyais. C’est aussi la première fois que j’ai vu quelqu’un scratcher et j’ai tout de suite été fasciné. Peu de temps après, ma mère m’a acheté des platines Gemini. De mon côté j’ai acheté des disques, du hip-hop de la fin des années 80 et du début des années 90, puis j’ai appris à scratcher. Je suis devenu Dj et j’ai fait ça pendant plusieurs années. Le truc c’est que j’ai toujours eu envie de faire des beats. En 1994-95, mon ami de longue date Richie Vega (aka Komplx) m’a présenté ses différentes MPC. Il m’a montré comment mélanger de la musique espagnole avec des beats hip-hop. C’est également à cette époque que j’ai rencontré Dälek. On s’est tout de suite bien entendu, on avait les mêmes influences, des trucs très dark On a monté un crew, The Labteks, qui est une sorte de Wu Tang Clan mais avant le Wu Tang.
On a tous quitté nos boulots respectifs et on a passé notre temps à faire des beats très dark en fumant autant de weed que l’on pouvait. Pour Dalëk, tout a commencé comme ça. Pour les autres, c’était un peu plus la merde. Le seul disque que The Labteks ait réalisé s’appelle Bomb Mitte, il n’est jamais sorti. Personnellement j’ai toujours eu envie de sortir des disques. Quand Dälek ont sorti Negro Necro Nekros, je les ai accompagné pendant leur tournée. Je dormais par terre, on roulait 22 heures par jour, je ne faisais qu’apprendre. Des coulisses, je les regardais sur scène et je me disais, je veux faire ça, je veux faire bouger les gens.
Avec le temps et beaucoup de persévérance, j’ai finalement trouvé un label, Gern Blandsten, qui a d’ailleurs sorti le premier disque de Dälek. Ils m’ont offert une chance, celle de sortir mon premier disque. Steemy Darkglasses était plus un album de beats que de vocals, je n’étais pas assez sérieux au niveau des lyrics, je me suis principalement focalisé sur les beats. Du coup, j’ai du changer ma façon de faire : j’ai fumé moins de joints, j’ai appris de mes expériences, et Dälek m’ont vraiment motivé. On s’est donc de nouveau retrouvés pour enregistrer mon nouvel album, Halfway Homeless, qui est complètement différent du premier. Il est plus puissant, c’est un nouveau son, mon son, quelque chose d’unique.
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